LA Le chêne et le roseau

Lecture analytique de la fable Le Chêne et le Roseau, La Fontaine

 

 

 

Introduction :

Ce texte est la 22ème fable du livre I des Fables de Jean de La Fontaine, écrivain classique du 17ème siècle, né en 1621 à Château-Thierry  et mort à Paris en 1695. La Fontaine appartient au courant littéraire du classicisme comme Boileau, Molière, Racine, Perrault. Dans la Querelle des Anciens et des Modernes, il se range du côté des Anciens, défendant ainsi l’Antiquité et ses auteurs qu’il admirait. D’ailleurs, ses fables sont inspirées de celles d’Esope, fabuliste grec (VIIe siècle av. J.-C. - VIe siècle av. J.-C.), et de Phèdre, fabuliste latin (né en 15 av. J.-C. et mort en 50 ap. J.-C).

Cette fable met en scène deux végétaux, un chêne et un roseau, qui font tous deux face à une violente tempête. On peut considérer cette fable comme un apologue puisqu’à travers les deux végétaux, La Fontaine s’attaque à la société des hommes et aux défauts humains.

 

 

Problématique :

·         En quoi ce texte est-il un apologue ?

·         En quoi ce texte instruit-il tout en amusant ?

·         Pourquoi peut-on parler d’argumentation indirecte ? Est-elle efficace ?

 

Axes :

I Un récit simple et amusant

II Un récit didactique à travers une argumentation indirecte

 

 

 

I Un récit simple et amusant :

 

1 Les caractéristiques du récit :

 

·         Le récit = le corps selon La Fontaine et la morale = l’âme

 

·         Les temps :

o   Le passé simple : c’est le temps du récit dans le passé « dit », v 1, « répondit », v 18

o   Le présent de narration utilisé pour actualiser la scène et dramatiser : « accourt » v 25, « tient » v 28, « plie », « redouble » v 29…

o   On trouver d’autres temps comme l’imparfait « disait » v 24, qui a ici une valeur descriptive ou le présent d’énonciation « vous avez bien » v 2 ou « je couvre » v 12  dans les passages au discours direct = dialogue

·         La 3ème personne pour le récit : « comme il disait » v 24 qui désigne le roseau.

·         Le point de vue omniscient : le narrateur = l’auteur = La Fontaine,  et son savoir dépasse celui des personnages. Il intervient même dans la fable par des jugements de valeur ou modulateurs : « le plus terrible des enfants que le nord » v 26, 27 = il connaît les événements avant ses personnages : il sait par exemple d’où vient le vent « que le nord eût porté » v 27 et il connaît la puissance du vent du nord ; de même, il connaît les intentions du vent « le vent redouble ses efforts » v 29 et sait qu’il veut déraciner l’arbre.

·         Des repères spatiaux : ils situent le décor : ici on sait que la scène se passe dans la campagne, puisque le roseau vit « sur les humides bords des royaumes du vent » v 16  et non « à l’abri du feuillage » du chêne v 11. Pourtant ces lieux sont vagues, et ne sont pas situés sur une carte de géographie = imprécisions des lieux ; pas de lieux réels et c’est normal car la fable comme le conte se situent dans des lieux imaginaires. 

·         Des repères temporels : On notera que l’époque, l’année, la date ne sont pas précisées et que la seule indication qu’on ait est « un jour » v 1. C’est un repère spatial très imprécis et assez proche de ceux des contes. C’est normal car les fables sont intemporelles et doivent pouvoir être lues à n’importe quel siècle.

 

2 Le choix de la simplicité :

 

  • Une histoire simple : Pendant une tempête, un chêne et un roseau discutent pour savoir qui a le plus de chances d’en sortir victorieux : le chêne perd la partie.  
  • Des personnages simples et peu nombreux : Deux personnages annoncés dés le titre : ils appartiennent au règne végétal et ce sont des végétaux assez communs.
    • Le Chêne : il est nommé en premier aussi bien dans le titre que dans la fable, v1 « le chêne » : c’est l’un des héros de la fable et il est désigné par son appartenance au règne végétal « l’arbre » v 28.
      • Il est aussi désigné à travers deux  occurrences de « chêne » : Titre + vers 1
      • Le chêne est un arbre qui symbolise la force, la grandeur, la solidité, la puissance, la permanence aussi car il vit très longtemps et il n’est pas rare de voir des chênes plusieurs fois centenaires.  
      • Il est relativement présent dans nos campagnes, donc il est connu de tous et recherché pour son bois. Des maisons, lieux-dits portent son nom.
      • C’est le roi des arbres : il est le sujet du vers 1 « le chêne dit au roseau » = c’est lui qui a le pouvoir de parler en premier
      • L’auteur ici utilise une périphrase pour le qualifier : « Celui de qui la tête au ciel était voisine » v 31 pour mettre l’accent sur sa supériorité sur le règne végétal, voire sur sa communion avec Dieu
    • Le roseau : il  apparaît en deuxième position dans le titre et dans le vers 1
      •  Il est celui à qui s’adresse le chêne, donc COI : « le chêne dit au roseau » v1 = l’inférieur
      • est aussi désignée par son appartenance à l’espèce végétale à travers le terme peu approprié à notre époque de « arbuste » v 18
      • il apparaît à travers 3 occurrences : titre + vers 1, 28
      • Il incarne ici d’abord la faiblesse et la fragilité par sa petite taille et le sol pauvre dans lequel il vit « sur les humides bords… » v 16.
  • Un vocabulaire simple, des phrases simples : Un vocabulaire courant : chêne, roseau, roitelet, fardeau... Et des champs lexicaux simples appartenant à la vie de tous les jours : champ lexical des végétaux, du vent.
  • Une structure de l’action ou schéma narratif facilement identifiable :
    • La situation initiale : absente
    • L’élément perturbateur : le début du dialogue et la prise de parole du chêne au vers 1
    • Péripétie n°1: le dialogue du vers 2 au vers 24 = discours argumentatif sur lequel nous reviendrons dans le II
    • Péripétie n°2 : l’arrivée de la tempête du vers 25 au vers 27
    • Péripétie n°3 : vers 28, 29 : le chêne et le roseau luttent contre le vent
    • Résolution : la défaite et la mort du chêne du vers 30 au vers 32
    • Situation finale : absente : pas de morale.

 

3 La séduction du récit:

 

·         Elle tient d’abord au genre littéraire : la fable. C’est un genre très ancien, connu dans l’antiquité et même en Mésopotamie et qui existait déjà plus de deux mille ans avant notre ère. Elle est écrite aussi bien en vers qu’en prose et si elle est composée d’un récit (le corps) et d’une morale (l’âme), elle est surtout didactique. La morale peut être implicite ou explicite.

·         Des vers de 8 syllabes et de 12 syllabes : des octosyllabes et des alexandrins qui se mêlent pour donner de la légèreté et de la variété au texte

·         Les rimes un mélange de rimes croisées et embrassées qui vont aussi donner de la légèreté et de la variété au texte : le rythme est entrainant.

·         Le titre : il réunit deux végétaux familiers, assez banals, que l’on rencontre partout dans la campagne et dont on n’attend pas un dialogue. On se demande ce qu’ils vont bien pouvoir se raconter et s’ils ont des choses à se dire.  On se doute qu’ils vont aussi  avoir des divergences, d’autant que la fable est connue

·         Le choix des végétaux qui sont personnifiés puisqu’ils parlent : « je vous défendrai de l’orage » v 14, « je plie et ne romps pas » v 21. On sait que choisir des animaux ou des végétaux chez les fabulistes est un moyen détourné de critiquer la société tout en évitant la censure et les problèmes...

·         Le registre merveilleux : des végétaux qui parlent et ont des imperfections ou des défauts humains comme la faiblesse pour le roseau et l’orgueil pour le chêne.

·         Merveilleux et invraisemblable car des arbres et arbustes ne peuvent vivre cette histoire : le chêne vit rarement au bord d’un marécage et les roseaux ne poussent pas à l’ombre des chênes. Mais La Fontaine ne se souciait pas de vraisemblance. Seule la morale lui importait.

·         Le discours direct qui allège le récit (ponctuation, verbes introducteurs)

·         La fin : ici elle est prévisible car on devine que le chêne orgueilleux va être vaincu et l’on aime voir le plus faible sortir vainqueur de la tempête comme on aime voir le plus fort battu à son propre jeu. C’est la revanche des faibles et c’est une sorte de « happy end » : celui qu’on considère comme le gentil est récompensé.

·         Le « suspense » : même si on se doute que le roseau va sortir victorieux on attend quand même de voir comment son adversaire va être vaincu et le dialogue est savoureux.

 

 

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